Open World et Monde Libre : un antagonisme ? PDF Imprimer Envoyer
Ecosystèmes - Modèles & usages
Écrit par Damien Roussat   
Jeudi, 15 Octobre 2009 09:42

Deux mondes qu'on confond parfois coexistent dans le monde du logiciel non-propriétaire : les logiciels open-source, et la batterie de société de services et d'intégration de ces logiciels, et les logiciels dits "libres", culture alternative de communautés et ses satellites économiques. Bref retour sur une sacrée différence. (...)

 

Lorsqu'on ne dispose d'aucune formation informatique ou qu'on est peu sensible à la technologie, les notions de "logiciel propriétaire" et "libre", "open-source" ne veulent rien dire, quant ils ne passent pas pour des élucubrations fantaisistes de "nerd", de "geeks", ce cliché des passionnés d'informatique qui s'isolent dans leur monde. Jetons rapidement ces images d'un autre siècle (millénaire ?), pour revenir sur quelques définitions de base : le jargon restant le pire ennemi de "l'informaticien" dans sa communication avec les autres métiers.

 

Quelques rapides définitions

 

Microsoft ? C'est l'Exemple avec un grand E du logiciel propriétaire. C'est un logiciel dont les sources (= le code source, l'écriture de l'application en quelque sorte) ne sont pas accessibles, dont l'usage est restreint par les conditions exclusives de son éditeur (typiquement Windows pour Microsoft), dont on doit payer une licence d'utilisation, et qu'on ne peut pas redistribuer sans autorisation (payante) initiale. Un logiciel n'a en fait besoin que d'une de ces propriétés pour être appelé "propriétaire".

 

A l'opposée, le code d'un logiciel Open Source est consultable et téléchargeable par tous, et son utilisation est gratuite (attention cependant à ne pas confondre ce genre de logiciels aux freewares, qui sont juste gratuits mais dont le code n'est pas accessible). On peut également distribuer librement ce logiciel, et utiliser ce code pour servir de socle à une autre application (qui, elle non plus, ne pourra pas être vendue). Bien que l'Open Source Initiative soit reconnue comme techniquement comparable au logiciel libre, il subsiste une différence entre les deux.

 

En effet, le logiciel libre est appelé ainsi car il est placé sous une licence dite "libre", qui rassemble des contraintes bien précises. On trouve dans les plus connus les licences GPL 2, GPL 3 (GPL = GNU General Public License) ou CreativeCommons 3.0. Je signale au passage que je ne suis pas non plus un expert du sujet pour le coup, et j'invite tout lecteur avisé à me corriger si une erreur s'est glissée dans mes propos. Ces définitions ont surtout pour but d'introduire des articles ultérieurs, et pour mettre en perspective l'esprit différent qui anime ces deux mondes (qui se rejoignent au final...?), et qui est l'objet de cet article. Linux, enfin, est l'exemple type de logiciel libre à succès (je vous invite, si vous ne connaissez pas, à vous informer un petit coup car c'est un vaste sujet !).

 

Alors, pourquoi cet article ?


Car j'ai eu l'occasion de participer à deux manifestations cet été qui illustraient fort bien cette nuance : les 10e Rencontres Mondiales du Logiciel Libre (RMLL), qui eurent lieu à Nantes début juillet, et l'Open World Forum, à Paris début octobre 2009. Le premier était organisé par les communautés de développeurs et les gros éditeurs de solutions du libre, notamment les éditeurs des différentes distributions de Linux, c'est-à-dire Mandrake, Ubuntu, Debian, Fedora... Dans une ambiance bon enfant, de nombreux intervenants ont échangés sur un tas de sujets intéressants dont le logiciel libre au sein de l'entreprise, logiciels libres et éducation, ...

 

L'Open World Forum (OWF), quant à lui, était clairement tourné entreprises. Des intégrateurs de solutions open sources, des éditeurs, des sociétés de services en tout genre, ces entreprises là, bien que tournée vers "l'excellence" d'après leur très bon marketing, semblaient moins puriste que les passionnés des RMLL (ça pour le coup, c'est un avis personnel :)). Par contre, ce n'était pas dans un campus, mais dans le prestigieux Eurosite de Georges V, et le repas du midi était constitué de petits fours haut de gamme contre un bon repas universitaire pour les RMLL. Ca vous fait sourire ? Figurez-vous qu'on appréhende souvent l'image que l'évènement souhaite donner à la gastronomie proposée et cette différence s'illustre encore ici... De plus, des soirées étaient organisées dans Nantes pour se retrouver dans un esprit détente et communauté aux RMLL, alors que c'était impensable au vu des "VIP" qui peuplaient les salles et couloirs de l'OWF. On saluera au passage Jacques Attali, invité pour une raison obscure (un nom de plus sur l'affiche ?), qui a grondé l'assemblée sur l'utilisation du terme "libre", en prétextant devant une audience incrédule que les logiciels n'étaient pas des humains et ne méritaient pas cette appelation (?!)... Heureusement, le courageux présentateur lui a rappelé que le terme de libre se référait à la liberté d'usage des logiciels. Un coup dur !

 

Enfin, un dernier détail (un article comme celui-ci ne pourrait pas servir à couvrir tout ce qu'il y a à dire sur ce sujet, d'où le côté anecdotique... l'enjeu politique du libre fera l'objet d'un article ultérieur) intéressant. Les deux évènements abordaient la dimension "utile" du logiciel libre ou du logiciel open source. Aux RMLL, il y avait un thème "Logiciels Libres & Economie Sociale et Solidaire", deux domaines qui partagent des "valeurs". A l'OWF, il y avait un thème "Open-source et Microfinance", deux domaines qui partagent notamment une même valeur... celle de chercher une rentabilité économique pour survivre dans un environnement exigeant.

 

Partagent-ils aussi une mission sociale ?